A notre époque l’ART peut être vécu différemment suivant le choix de l‘artiste….

Action vivifiante. L’art naît d’un désir qui fortifie la joie de vivre réveillée par le fait de pouvoir créer en jouant. Ce bienfait est possible à tout âge et pour toutes créations. Après la rigueur « académique » qui eut tout son sens autrefois, la spontanéité de l’artiste fut encouragée tant au niveau des arts qu’au niveau des thérapies artistiques.

Rencontre avec soi-même. Grâce aux matériaux que la vie met à notre disposition : les sons, les parfums, l’espace, les couleurs, les mots, les aliments… l’art devient un miroir qui déploie notre vie intérieure par l’intermédiaire d’un organe des sens que nous privilégions. Il dévoile nos inclinations, notre inconscient et s’exprime par des signes et des symboles. Nos œuvres parlent de nos joies, de nos peines, de nos espoirs, nos créations nous renvoyant simplement ce qu’elles ont reçu à leur conception. Un regard éclairé permet de nommer et prendre conscience de ces paysages intérieurs.

Travail d’observation et de méditation sur l’art. Quand la personne en recherche peut nommer son monde intérieur, elle se connaît mieux et se rend compte qu’elle a un style qui lui est propre. Il  se  peut  qu’elle  veuille  explorer  d’autres  approches  artistiques,  des matériaux ou techniques nouvelles pour s’enrichir. Nous pouvons tous observer que la sculpture garde l’empreinte de nos gestes, de nos habitudes. En conséquence, tout comme un sportif, un musicien ou un danseur, un travail régulier sur les gestes permettra à l’étudiant en sculpture de progresser.

Le travail sur les gestes du sculpteur :

  • Une part de ce travail est relative aux outils. L’argile, le plus sobre des matériaux, demande peu de technique comparée à la liberté d’expression qu’elle offre.
  • L’autre partie du travail consiste à prendre des repères dans le monde visible. En observant des sculptures qui suscitent la croissance, joie, danse, peine, pesanteur, égoïsme, rigueur, souplesse, enthousiasme, partage, légèreté, intériorité, etc… nous verrons que des points communs existent concernant la répartition des volumes des sculptures du même thème, faites par des personnes différentes ; exemple : tout volume voulant exprimer la légèreté a la base plus fine que le haut du volume.

Pour enrichir la liberté de ses gestes, il conviendra d’imiter le plus fidèlement possible dans l’argile, par exemple : la généreuse rondeur d’une goutte d’eau, la souplesse de l’animal, la rigueur du cristal. Plusieurs lois sont présentes dans cet entrainement.

Cette approche fait référence aux règnes, aux éléments. Elle nous permet de prendre conscience de lois que nous utilisons chaque jour sans y faire attention.

« Le respect des lois nous rend libres, » rappelle Annick de Souzenelle.

Faisant partie de la Création, nous en avons bénéficié inconsciemment. Les découvrir en nous, nous permet de mieux nous connaître.

« Nous ne comprendrons la nature que si nous apprenons à la reconnaitre en nous, ce que nous avons de commun avec elle doit devenir notre guide.» dit Rudolf Steiner.

Cette « formation » nous forge des outils  intérieurs.  L’expérience s’inscrit grâce au temps que nous lui consacrons régulièrement. Son fruit devient une boussole intérieure qui nous permet de nous repérer dans ce langage en trois dimensions.

Notre objectif est d’œuvrer pour que nos volumes d’argile évoquent l’expression que tout être humain comprend, tout comme nous le ferions avec un texte que nous écrivons.

Trois voies artistiques sont donc à notre disposition. Elles sont bien-sûr compatibles mais il est bon de savoir où nous nous situons quand nous entrons dans l’expérience de la création car nous franchissons la porte de notre inconscient.

  • Par la voie artistique de la spontanéité créative nous fortifions notre joie de vivre, mais nous sommes peu conscients du rayonnement de nos œuvres.
  • Par la voie artistique du figuratif, complétée par le symbolisme qui met lumière et conscience sur le choix du thème, nous sommes nourris par la compréhension de l’œuvre symbole.
  • La troisième voie concerne la gestion des volumes d’une sculpture et donc principalement l’art abstrait. Cette voie suscite un dialogue entre nous-même et les lois de la création, l’œuvre nous renvoyant en permanence l’écho de nos choix.

Ceux-ci sont-ils en accord ou non avec nous-même et le thème que nous avons choisi d’interpréter en sculpture? Le rayonnement de l’œuvre sera à la mesure de notre capacité à tenir ce cap. Le sculpteur évolue sur un chemin de conscience grâce à son art.

« Le modelage pétrit l’informe et, lui donnant forme, crée la vie. Et le modeleur se crée. » Annick de Souzenelle

Mon expérience reconnaît la valeur artistique de cette approche fondée sur l’attention aux lois de la vie.

Par ailleurs en ce qui concerne l’effet salutaire de cette approche, je vous pose la question : une approche artistique basée sur un travail d’observation des lois de la vie serait-elle favorable à notre équilibre ?

Véronique Walsh